Les résumés de conférences

Hiver-Printemps 2002
La conférence de Monsieur Claude Spielmann. C.S,

" A PROPOS DU TRANSSEXUALISME
        Quelles questions ? Quelles réponses ?   "

Il s'agira ici de parler des hommes aspirant à devenir transsexuels, c'est
à dire ceux dont toute la vie est tendue vers une opération et une
rectification de leurs papiers d'identité.

Je propose d'y voir l'effet d' une organisation psychotique qui les
conduit non pas à changer de sexe mais à se mettre hors sexe. Mais sous la
violence de leurs réclamations, une « demande » se profile dont les réponses
médicales et juridiques constituent une autre violence qui ne tiennent pas
compte de la « demande »du sujet. Ne serait-ce pas les techno-sciences (et
le tout- juridique) qui feraient des offres de service ?


La conférence de Monique Lévesque, psychanalyste,

" La douleur psychique:le sexuel traumatique et/ou l'inscription du sexuel  "

La douleur psychique est-elle quelque chose d'accidentel ou d'inhérent à la structure
d'un sujet ?  La mémoire, processus essentiellement inconscient recèle les strates de
la subjectivation, à partir du lieu de l'Autre. La douleur psychique au
coeur de la problématique suicidaire se révèle comme
lieu privilégié de transfert d'inscriptions à l'insu du sujet.


La conférence de Alfredo Zenoni, psychanalyste,

" La clinique de la pulsion "

Le problème des rapports entre l'esprit (mind) et le corps (body) est un vieux problème théorique. Il est aussi devenu un problème pratique depuis que la médecine a commencé à s'occuper des "troubles mentaux". Avec la notion de "pulsion" il s'agit d'un problème entièrement différent, qu'il ne s'agit pas de confondre avec le premier. Avec cette notion, qui trouvera sa formulation achevée dans l'intrication avec la "pulsion de mort", Freud a désigné l'expérience et la clinique des formes de "satisfaction" qui n'ont pas d'équivalent dans le monde animal. Nous ne sommes pas en face du problème de l'expression psychique d'un besoin organique, mais du problème d'une jouissance qui tout en étant émancipée du support de l'organisme, a des effets nocifs ou même mortifères pour son fonctionnement et sa survie.
La pulsion, au sens psychanalytique, correspond à un tout autre problème que celui de l'interaction entre le biologique et le psychique. Des applications à différentes structures de la  clinique permettront de saisir l'originalité de ce concept.


La conférence de Carole Levert et Monique Panaccio, psychanalystes,

" QUAND LA JOUISSANCE SE CHERCHE,
l'agir sexuel dans la cure "

Le thème de la sexualité, dans ses aspects libidinaux et mortifères, est au plus près de la pratique quotidienne de la psychanalyse.  En effet, à quoi d’autre s’intéresse la psychanalyse sinon à la sexualité et à ses aménagements pour un sujet singulier.  Spécifiquement, nous parlerons de l’agir sexuel dans la relation thérapeutique.

Cette question a surtout été traitée aux États-Unis dans une perspective juridique.  Nous la questionnons plutôt à partir de la théorie psychanalytique en empruntant les concepts de désir et de jouissance.

Quand l’agir sexuel advient est-ce à dire que le désir bascule du côté de la jouissance dans une tentative de retrouver l’objet perdu, autrement dit un refus de la castration?  Ne pourrait-on pas y voir un moyen d’échapper au fantasme terrifiant d’une jouissance archaïque par une sexualisation de la relation?  L’asymétrie de la situation thérapeutique est celle où l’un se doit d’être garant du cadre pour que l’autre, venu y adresser sa demande, puisse trouver à l’élaborer :  dans ce contexte, l’agir sexuel n’est pas soumis aux mêmes enjeux de part et d’autre, tout comme dans l’inceste.   Nous  avons tenté de développer ces pistes de réflexion dans leur connexion avec le transfert, la résistance, la compulsion à répéter.


  La conférence de  Denise Noël, psychanalyste  et  Louise Tassé, anthropologue,

" CORPS EXPROPRIÉ, MÉMOIRE RÉIFIÉE "

Entre les années 30 et  70, les enfants Indiens font l’objet d’un rapt par l’État canadien. Deux générations de filles et de garçons sont disséminés aux quatre coins du territoire dans six pensionnats à l’usage exclusif des autochtones. Visant la mort du Sauvage  en eux, de concert, les autorités politiques et religieuses inscrivent la victoire de la civilisation et de la religion sur leur corps. A partir de cet événement historique et de la recherche MALI PILI  KIZOS ( Marie de la Nouvelle Lune en abénakis ),

   Déplacés dans un monde, comme dans l’autre, l’exil des enfants correspond à une expérience dans le temps et dans l’espace qui entraîne un arrachement, un déplacement voire un marquage du corps et du psychisme : séparation catastrophique, passage violent d’un lieu familier à un autre inquiétant, abandon obligé d’une langue maternelle pour une autre, refoulement  d’une identité déclassée, pour celle de l’autre, inhabitable. L’usage politique de la cruauté, au long cours, fait aux enfants, le don étrange de la souillure. Penser le corps des filles nous permettra de comprendre  comment, dans les communautés autochtones, il en est venu à faire l’objet d’une co-production traumatique.     Denise Noël.

Ce qui fait problème dans le mouvement de spiritualité autochtone “ modernisée ”, c’est l’absence de mise en relation entre le retour du refoulé (cf. ce qui s’énonçait et se pratiquait dans le système religieux autochtone traditionnel dans le contexte d’une cosmologie et d’une organisation sociale autre que celles d’aujourd’hui) et le refoulement (ou l’effet de la perversion de la Loi par les Blancs). En un mot, ce mouvement ne fait pas l’objet d’un véritable travail de la mémoire individuelle et collective ; ce qui permettrait de mettre en perspective l’efficience de la pensée magique dans ce contexte.     Louise Tassé


  La conférence de Jean-François Ducharme, étudiant au doctorat,

" Violence et passage à l'acte chez des jeunes hommes :
doit-on intérroger le féminin ? "

Je vais commencer en décrivant un procédé d'enlèvement et de disparitions
de personnes mis en application par un régime totalitaire, en Argentine,
durant les années 1975-1980. Je vais parler de ce qui s'est passé, des réactions de certaines personne ayant été confrontée à cette tragédie (en particulier, celles qu'on a appelé " les folles de Mai ". J'aborde ensuite le passage à l'acte en tenant compte des conditions de déclenchements dans lequel il survient et de sa fonction (point de vue théorique). Je développe l'idée que le passage à l'acte représente une tentative, par un individu, de se décharger, d'exprimer ou alors de mettre en acte quelque
chose, un conflit, qui ne parvient pas à se dire, à se penser ou à se symboliser.
Je présente l'hypothèse que ce qui ne parvient pas à se symboliser a à
voir avec le féminin.  Quel féminin?  Des exemples sont donnés à l'aide d'un
extrait de film et  l'élaboration des différents types de " rencontre " avec
le féminin : le féminin narcissique, le féminin et le désir sans fin, le féminin et l'angoisse de castration, etc. L'idée que le passage à l'acte a une fonction d'inscription est ensuite développée en lien avec les exemples précédents.


La conférence de Jocelyne Thériault, du département de sexologie,

" Marquage corporel et développement psychosexuel adolescent "

        Le phénomène du marquage corporel (tatouage et perçage) gagne en popularité auprès d’un nombre toujours plus grand de jeunes de milieux variés (Soyland, 1997; Favazza, 1998). Traditionnellement considéré comme une pratique triviale par les chercheurs, le marquage corporel est devenu un objet de recherche légitimé depuis qu’il fait l’objet d’investigations minutieuses, en santé mentale notamment (Favazza, 1998; Vail, 1999).  Bien qu’un nombre considérable d’études empiriques soient conduites sur la question, peu d’entre elles ont examiné à la fois les motivations manifestes et les motivations plus profondes des jeunes à se faire marquer la peau et peu ou pas ont examiné la question du marquage corporel dans le cadre du développement psychosexuel adolescent.    L’étude qui sera ici présentée tente de faire quelques pas en ce sens.    Elle a pour but de vérifier, empiriquement, par le biais d'entretiens semi-structurés, les propositions de recherche formulées au terme d'un article théorique portant sur les liens unissant vraisemblablement le corps marqué, le corps sexué, le corps intime aux périodes de l'adolescence à de jeunesse (Thériault, 1998).  Plus spécifiquement, cette étude, de type qualitatif, conduite auprès d’un  groupe restreint mais homogène de volontaires,  analyse le discours de jeunes femmes lourdement tatouées et ce, en regard  de leurs marques corporelles, de leur corps infantile et pubère, de leur sexualité, et de leurs relations familiales et romantiques. C’est dans le cadre du développement psychosexuel adolescent que les données de cette recherche sont analysées et discutées.


     La conférence de Marie- Claude Argant-Le Clair, psychanalyste et chercheure,

" Violences insidieuses dans la relation mère-fille. "

Une violence insidieuse exercée par la mère sur sa fille peut empêcher cette dernière d'accéder à son féminin génital qui n'est ni la féminité, ni le maternel. Comme cadre théorique, les argumentations principalement de J.Schaeffer et les réflexions de H.Deutsch, J.Rivière, de M.Cournut et d'autres auteurs serviront de toile de fond. Le refus du féminin dont les racines sont profondes peut s'installer en filigrane et commencer parfois à se dessiner dès la naissance du bébé fille à partir de sa non acceptation en raison de son sexe. Cette violence première peut prendre d'autres formes et des plus diverses, ce que les exemples cliniques apportées permettront de découvrir. Il ne s'agit ni de violence physique avérée comme l'excision bien connue ou les coups et blessures accompagnant les injures verbales fruits d'un conflit ouvert mère-fille. Ce qui sera mis en évidence c'est ce qui dans le lien mère-fille, se faufile parfois subrepticement dans un interstice de la relation, créant une brèche, une fissure, une fêlure qui fait violence au moi de la fille, fracasse son narcissisme et se dévoile progressivement dans une entrave à son féminin incapable d'advenir en dépit de « l'amant de jouissance ».


  Dans le cadre du cours de Marie Hazan, " Masculinité et féminité "
Louise Grenier, du département de psychologie, propose une conférence.

" Le sexe voilé des filles.
LA FÉMINITÉ ENTRE PSYCHANALYSE ET FÉMINISME "

Il s’agit d’illustrer et de témoigner de divers modes d’écoute de la féminité inconsciente en psychanalyse - Freud, Lacan, Klein, et Dolto, Schaeffer entre autres – et des remises en questions philosophiques et féministes de Schneider et Irigaray.  Un détour par la littérature de Marguerite Duras et, plus près de nous, de Nelley Arcan sur le problème de l’identification féminine ouvrira sur le problème de l’identification imaginaire de la fille à la mère dans la scène primitive.  La question est la suivante :  l’analyse d’une femme passe-t-elle nécessairement par la mise en mots - la mise à mort - de la Mère.


   La conférence de Gad Soussana,  du département de philosophie.

" Voix de l'événement, philosophie et psychanalyse "

" Dans la foulée de ses récents textes publiés, Gad Soussana propose, aujourd'hui, le séminaire intitulé "Voix de l'événement -- philosophie et psychanalyse". En voici les brèves lignes indicatives: d'où viennent, dans les notations freudiennes qui constellent l'oeuvre -- disons, par convention, de la Métapsychologie de l'inconscient de 1915, à l'Abrégé de psychanalyse de 1938 --, les invocations constantes et légitimantes de Freud à l'endroit de la philosophie? Qu'entendre, à travers ces appels à la reconnaissance lancés à la philosophie, de l'articulation de la "chose" freudienne?  Faut-il y percevoir le droit fil d'un territoire commun, à la philosophie et à la psychanalyse, menant à la compréhension de la notion d'événement au cours de laquelle le plan du sens et de l'existence fait reculer la narration historique? Employant le séminaire d'aujourd'hui à l'élucidation de ce questionnement, Gad Soussana nous propose donc "Voix de l'événement". "


Automne 2001

   La conférence d'Isabelle Lasvergnas,
professeure au département de sociologie, Psychanalyste membre de  la SPM,

" Figures contemporaines de l'angoisse ".

        Isabelle Lasvergnas confrontera du point de vue psychanalytique les différences entre peur(s) et angoisse et les rapports que ces deux signaux entretiennent au plan intra-psychique.  Sur cette question de la précarité du Moi, elle tentera d'illustrer les différences entre les racines de l'angoisse et la tentative d'historicisation qu'est la peur en tant que fantasme préconscient. Elle s'appuiera sur la théâtralité  de la scène socio-historique et ce que celle-ci permet de fournir en termes de "représentation" subjective et collective apparentes, en termes de vocabulaire de signes, en quelque sorte. Et comment dans ces représentations, certains signes se marquent comme signifiants au plan de l'inconscient individuel.

        S'appuyant sur certains restes toujours vifs dans la mémoire collective ( les Guerres, La Grande Crise), mais aussi la scène récente du 11 septembre 2001, toujours à partir de cette confrontation angoisse/ peur(s), elle tentera de dégager quelques uns des principaux apports de la psychanalyse pour penser la question de
la désymbolisation dans le contexte de la  post-modernité et les effets de cette désymbolisation au plan  du narcissisme et de l'angoisse de mort.


   La conférence de Doris-Louise Haineault, Psychanalyste en pratique privée,
membre de la Société Psychanalytique de Montréal, chercheure indépendante,

" MÈRE-FILLE, PEAU COMMUNE ?
Le corps et ses paradoxes dans l’incestuel ".

           Doris-louise Haineault partagera avec nous le résultat d’une recherche exploratoire et d’une réflexion psychanalytique sur un phénomène clinique encore peu connu des cliniciens, à savoir celui énigmatique et obscur de l’incestuel.  Inspirée par P.C. Racamier et Joyce McDougall, elle retrace le parcours douloureux de certaines patientes aux prises avec un corps qui n’a pu s’arrimer au symbolique, un corps qui a pris la place du langage et du vide maternel.  Avoir une peau commune, c’est peut-être faire vie commune ou mort commune, d’où les cris et les déchirements de ces patientes en proie à la vision de leur impossible  commencement.   Certaines écrivaines citées par Doris-Louise Haineault en témoignent également : Suzanne Jacob, Christine Argot entre autres.

            Précisons ici qu’il sera question d’un type particulier de mère ou de père, incestueux et marqués par une profonde carence affective, mais peut-être surtout symbolique.  Il ne s’agit donc pas de rejeter la faute sur la mère ou sur l’autre, mais de montrer que dans l’analyse de certaines problématiques, il nous faut tenir compte non seulement des relations organisatrices de la psyché, mais de ce qui dans l’autre maternel ou paternel envahit la psyché infantile et l’asservit à ses propres besoins narcissiques et érotiques.


  La conférence de Robert Pelletier, psychanalyste, psychologue
professeur de psychologie au Collège de Bois-de-Boulogne (Montréal).

" À L'ORIGINE DE LA VIE, L'AMOR
L'originalité de la cure analytique tient, du fait qu'elle vise la pulsion de mort,
à ce qu'elle est essentiellement une pratique du mortifère
à défaut de quoi elle pourrait se faire pratique mortifère. "

" L'originalité de la cure analytique tient à ce qu'elle vise ce qu'il y a de plus paradoxal dans le sujet : la pulsion de mort et ses effets délétères. Ultimement la personne vient en analyse pour mettre des mots sur ce fait qu'elle est responsable du malheur dont elle se plaint, espérant du même coup en tirer un mieux vivre. La psychanalyse est-elle dès lors essentiellement une pratique du mortifère à défaut de quoi elle se ferait pratique mortifère." (Robert Pelletier)



 

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